12.03.2009
La raison nous trompe plus souvent que la nature.
Elle était en colère, il s’agissait pour elle de survivre a tout ce désordre. Elle aimait parcourir les grands espaces de ce monde dans l’indifférence de la folie des hommes. Cela faisait vingt ans qu’elle dormait sous les manteaux d’étoiles, se bordant de plaisir loin de tout, loin de nous…..à l’écart du bruit et de l’agitation de ce monde d’aliénés. Seuls les oiseaux partageaient quelquefois sa compagnie dans ses longues marches, dans l’immensité des paysages l’ombre des arbres ressemblait à un chemin tracé vers le ciel. Quand ses jambes devenaient lourdes, harassée de fatigue, elle faisait halte prés d’une rivière et s’y baignait avec l’innocence d’un nouveau né pendant de longs moments, puis se couchait sur le sol, la tête sur le coté, tournée vers l’insouciance des ambitions des fous. De campements provisoires, d’étapes en étapes, son allure était la même celle de l’éternité car le temps n’existait pas. Une impression de tristesse se dégageait de ses yeux noirs, une impression que nul n’arrivait à lire, à déchiffrer ou à comprendre. Elle avait donné la vie et ressentie ce bonheur que la nature lui avait fait don mais aujourd’hui son cœur saignait d’un sang de glace car on lui avait enlevé son petit. Sa solitude l’aidait à vivre et dans les chemins parcourus, elle se gardait bien d’éviter toute présence humaine. Silencieusement elle livrait face à elle-même un combat intime, une joute perdue d’avance. La disparition de sa progéniture avait fait naitre en elle une folie meurtrière et seule la mort la délivrerait de ce mal incurable, de cette absence de lumière.(A suivre )
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09.03.2009
L'arbre du silence porte les fruits de la paix.
Elle s’était enfermée dans son mutisme devenu instinctif, ayant muré depuis fort longtemps les portes des échanges sociaux et s’en accommoder fort bien. Elle évoluait rassurée et nonchalante. Son espace vital protégé lui permettait ainsi de survivre émotionnellement aux blessures du passé. Les frontières tracées par ses désirs convulsifs faisaient d’elle une apatride, toujours en transit dans l’attente d e l’appel des sirènes de son cœur. Les batailles endurées, les luttes engagées n’avaient laissé comme trésor que de minces bonheurs et de faibles butins. Le temps écoulé ne fut qu’une erreur stratégique face aux courroux de ses passions, aux coups de boutoirs de ses envies sans cesse plus nombreuses. Sa toison capillaire toujours abondante ne pouvait a présent dissimuler ses tempes grisonnantes, témoin des affres du temps .Orpheline du partage de l’amour, les traits de son visage avaient creusé des sillons de souffrance et laisser l’empreinte indélébile du désespoir de ne pas avoir connu l’exaltation d’un avenir pensé, rêvé, échafaudé conjointement au fil des années. La compagnie du silence ne laissait place qu’aux sanglots lents et monotones, aux gémissements sourds des douleurs de son ventre qui se consumaient dans un brasier intérieur. Ses longues mains traçaient dans l’espace des arabesques désordonnées, des questions inaudibles, des pourquoi, des comment. La commissure de ses lèvres sèches semblait soudée par la volonté de ne plus réagir aux beautés de la joie de vivre. Ses grands yeux se perdaient dans un désert de mélancolie pour mourir dans les dunes de la tristesse qui l’enveloppait chaque nuit dans la froideur de l’obscurité.
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05.03.2009
L'amoureux n'as pas de rival plus redoutable que le père.
Dis moi maman un parrain c’est comme un papa ? Sa mère se mit à sourire.
« Non ma chérie mais quelquefois çà y ressemble. » Chaque dimanche Nina guettait son arrivée, cachée derrière les rideaux de sa chambre elle l’attendait avec impatience. Quand il voyait Nina, ses yeux s’illuminaient et un sourire s’affichait sur son visage. Elle dévalait alors les escaliers a toute vitesse les sautant même deux par deux en s’agrippant maladroitement a la rampe. Puis elle se mettait à courir vers lui éclairée de contentement. Elle l’embrassait sans lui dire un seul mot et montait dans la voiture. Son regard plein d’expression avait toujours le même air et cet air était celui du bonheur. Sa mère les regardait partir, appuyée sur le bord de la fenêtre en leur faisant un signe de la main. Jean avait éprouvé un sentiment de fierté en acceptant d’être le parrain de Nina. Cet engagement l’avait en partie aidé à surmonter le fait qu’il n’avait pas d’enfants lui-même et à se mettre à l’abri d’un tel traumatisme. Il n’imaginait pas plus grand bonheur que le sien dans ces moments partagés. Ses vêtements étaient en contradiction avec son époque et vouée a la moquerie silencieuse des passants mais Nina avait fait de cet homme son héros, lui qui s’exprimait avec l’aisance d’un écrivain. Mille fois on lui avait posé la question : « C’est votre fille ? », mille fois il avait répondu avec regret : «Non ! C’est ma filleule » et mille fois elle aurait aimé qu’il mente, qu’il transgresse la règle. A raison de plusieurs fois par mois cela devenait un classique qui déstabilisait Nina dans sa recherche paternelle. Il y a un endroit ou Nina aime bien aller, le parc Chanot car les voitures n’y sont pas autorisées et elle peut courir ou faire du vélo de temps en temps. Il y a des arbres derrière lesquels elle aime se cacher pour le surprendre même si elle sait qu’il la surveille d’un regard vif et protecteur. Elle aime apprendre les chansons qu’il lui chante, elle ne connait pas le sens de tous les mots mais les paroles lui apparaissent belles et mystérieuses. Elle l’écoute parler de Paris, Monaco, Nice et de toutes ces villes qu’il a vu, visité ou il connait des gens et quand Nina regarde les yeux de Jean, c’est un peux comme si elle avait connu ces endroits. Au commencement de l’été son cœur se mettait a battre très fort a l’idée du plaisir qu’elle éprouvait a déguster un cornet de glace assise au petit snack qui trônait au milieu du parc. Les dimanches se succédaient mais les heures passaient trop vite et c’était quelque chose de terrible pour Nina, une chose au fond d’elle se briser et allait jusqu’a son cœur. Quand ils marchaient cote à cote, sa petite main se baignait dans la sienne et ils se serraient très fort l’un contre l’autre pour ne pas sentir le froid qui envahit parfois les cœurs.
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02.03.2009
Quand les bœufs musqués parlèrent la langue des hommes.
Quand les bœufs musqués parlèrent la langue des hommes.
Deux bœufs musqués, des males, ruminaient au sommet d’une colline couverte de glace. Ils parlaient entre eux, mais n’utilisaient pas la langue des hommes. Ils ne la parlaient pas encore.
Des chasseurs arrivèrent et aperçurent les bœufs musqués. Ils murmurèrent ; « Ils ne parlent pas comme nous et ils se cachent dans le brouillard, nous ne les trouverons pas. Nous devons leur enseigner la langue des hommes. »
Un des chasseurs sauta sur un petit monticule de glace et, voyant cela, les bœufs musqués l’imitèrent. Ils sautèrent sur de petits monticules de glace.
Un deuxième chasseur se mit alors à affuter son couteau sur un rocher, et les bœufs musqués baissèrent la tête et affutèrent leurs cornes sur un rocher.
Un troisième chasseur s’ébroua et les deux bœufs musqués s’ébrouèrent.
Le quatrième chasseur lança alors : « Nous sommes de petites collines rondes, nos herbes ondulent dans le vent. Personne ne veut tuer des collines ! Nous sommes en sécurité »
Les bœufs musqués dirent à leurs tours : Nous sommes de petites collines rondes, nos herbes ondulent dans le vent…..Mais avant qu’ils aient fini leur phrase, les chasseurs lâchèrent leurs chiens.
Quand les bœufs musqués virent les chiens approcher, ils sentirent le danger, se mirent dos a dos et baissèrent les cornes. Puis leurs naseaux commencèrent à fumer, mais trop tard pour les cacher. Les chasseurs virent ou ils se tenaient et bien que, dans le brouillard, leurs chiens aient été éventrés, ils réussirent à tuer les bœufs musqués.
C’était la première fois que des bœufs musqués parlaient la langue des hommes, et c’est ainsi qu’ils se firent repérer dans le brouillard.
Légende indienne.
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26.02.2009
Mourir n'est rien,c'est de ne plus vivre qui est terrible.
Cela se passe un jour ordinaire, un jour de juin. Le soleil inonde la route de flaques de lumière. Les vitres sont ouvertes et son bras tendu lutte avec le vent qui le repousse. Il roule vite ignorant le danger qui l’attend au coin du chemin prés du fleuve qui serpente tel un tourment. Des odeurs s’envolent sur son passage un instant, suspendu, elles le percutent avec la sensibilité d’un souvenir. L’aiguille commence son assention, flirte avec le blanc nacré du compteur sans trembler. Son regard fixe se perd dans le tapis roulant de la route, de ses pointillés sur le sol qui viennent mourir sous le châssis de la fougueuse Allemande. Il écrase la pédale d’acier qui s’est dressé devant sa vie. En sens inverse, Les arbres défilent alignés martialement dans le vert des champs lumineux. Il a la sensation de la voir flotter rieuse, joueuse, merveilleuse, légère. Elle lui tend les bras, il n’éprouve aucune crainte et lui sourie, il exulte dans un rire nerveux escorté par les rugissements du moteur du bolide. Cet assourdissant vacarme fait partie du plaisir de conduire ces engins à une vitesse qui grise son esprit. A chaque virage il se déporte sur la voie inverse et percute l’absence des autres. Son visage lui apparait constamment au dessus de la vitesse limite, une vitesse excessive. Quand il se sera envolé et qu’il aura disparu, il sera soulagé du poids terrible qui pèse sur lui. Chaque sensation de frayeur qui parait être la dernière laisse place à la suivante. Le levier de vitesse danse brutalement d’avant en arrière et les freins se sont tus résignés, impuissants à raisonner le sarcophage de métal. Il attend depuis si longtemps d’être emporté a son tour là ou sont partis les autres. La Mercedes traverse l’espace comme une étoile filante laissant sur les passants médusés des questions en suspend. Quand ce chien sortit de nulle part est apparu dans son champs visuel, il était déjà top tard. Ce chien maigre avec les poils hirsutes et des yeux fuyants vient de traverser ventre à terre pour disparaitre aussitôt dans les taillis qui bordent la route à cet endroit. Il s’est crispé au volant comme on attrape le mal. La route a tourné, pas lui .Le paysage tout entier s’est ouvert devant lui, il voit pour la première fois plus de ciel que de route, les yeux rétrécis la tête secouée. Il avait traversé les derniers jours à revoir les lieus, les aimer encore et toujours. Il était torturé, gamin il était déjà comme ca, mais plus aujourd’hui pour la première fois de sa vie, il se sentait libre et heureux. Ses yeux se fermèrent paisiblement. Il quitta la vie avec talent lui qui n’en avait jamais eu pour vivre.
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