29.08.2009
Si l'on otait les chimères aux hommes,quel plaisir leur resterait-il,
Sa chevelure dissipa la brume qui recouvrait son esprit. Le car repartit, on entendait seulement quelques murmures qui s’échappaient entre les corps serrés. Il faisait froid, les vitres étaient recouvertes de buée, seul le manque d’espace réchauffait les êtres entassés dans le véhicule. Il avait évité jusqu' alors les regards furtifs des autres passagers, il était triste, absent et fixait juste ses pieds. A un arrêt, il y eu plusieurs personnes qui descendirent et toute la masse humaine se déplaça aspirée par le vide laissé dans l’espace. Elle prit place sur un siège évacué prés de la vitre, et lui-même s’assit à coté, sur un strapontin. Il l’a regarda juste une fois ou deux très vite, juste le temps de voir qu’elle avait des yeux marron verts qui avaient pleurés tout récemment. Dans les transports en commun, les visages nous attirent d’abord en premier. Il y en a de toutes sortes, des jeunes, des vieux, des moins vieux, de formes allongés ou taillés dans le roc de leurs histoires, des regards qui semblent éclairés ou éteint de l’intérieur comme le sien. Les premiers temps qu’il prit le car, il n’arrêtait pas de dévisager tout le monde, mais pour ne pas que son regard soit croisé et percuté par les autres, il faisait semblant de lire la carte des arrêts qui trônait au dessus des portes d’entrée et de sortie. L’orage avait grossit la Moselle et il eut envie de descendre et longer ses quais jusqu’au pont st marcel qui joignait les deux rives, mais il ne put s’y résoudre persuadé que, enfin !c’était peut être elle, là tout près de lui. Il n’osait pas bouger mais sa respiration s’accéléra avec sa nervosité et il sentait a son tour des regards sur lui faisant mine de l’aborder. Il y avait des coins magnifiques le long des quais, en face du théâtre ou il aimait se balader ou au barrage des thermes, un ancien moulin qui enjambait le fleuve comme une main remontant le courant. Soudain elle se leva et le fixa une seconde, une toute petite seconde mais son visage grimaça, sa bouche se tordit, ses yeux humides s’agrandirent ,puis elle descendit précipitamment. Il n’osa pas bouger immobile comme une statue et ce n’est que lorsque le car redémarra qu’il sortit enfin de sa léthargie en tournant la tête vers l’extérieur qui s’enfuyait. Il n’eut juste que le temps de voir qu’elle courrait et lui qui avait attendu ce moment depuis 10 ans semblait pétrifié. Il eut l’impression d’être dans un cauchemar et qu’il allait crier mais aucun sons ne sortit comme avalé par les mâchoires du passé. Il resta assis jusqu’au grommellement du chauffeur qui annonça ; Terminus place d’armes. Il se leva, hagard, il lui semblait que tout tournait autour de lui et il eu du mal à tenir l’équilibre. Le chauffeur balança la tête de gauche à droite ,les lèvres plissées et haussa les épaules avant de refermer les portes pour un nouveau trajet. Il se retrouva assis sur un banc mais le monde chavirait comme dans un ouragan autour de lui, les quais ondulaient et les pavés de la place s’envolaient comme des dominos happés par le vent. Sa tête bouillonnait, il l’a perdait et il dut faire un effort incommensurable pour sortir de son chavirari.Il n’arrivait pas a le croire mais désormais cela lui était égal et même s’il ne savait pas encore ce qu’’il allait faire, il l’avait retrouvée. il ressentait l’excitation et la frustration des photographes naturalistes qui recherchent l’animal disparu depuis longtemps qu’ils voient passer devant eux sans avoir eu le temps de le photographier.
Lui aussi avait trouvé sa chimère.
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