14.10.2009

Qui songe à oublier se souvient ( suite ).

harpe.jpg. Il resta d’abord interloqué, puis se ressaisi, et se mit à lui sourire pour lui manifester son admiration. Ces rimes inattendues, le catapultèrent quelques années en arrière, une époque ou lui-même déclamait des vers, moins brillants mais tout aussi incisifs.

-JE me présente Jibril Saadia rêveur en congés maladie pour vous servir.

Il lui tendit une main dans laquelle les rides nombreuses et sinueuses ressemblaient aux pages d’un livre d’histoire. En lui serrant, il s’aperçût que derrière la douceur des premières neiges, se cachait la robustesse d’un vieux chêne.

-Que faites vous ici à cette heure ou seuls les sans abris et les chiens perdus ont une raison d’être encore dehors ?

-Lequel des deux êtes vous donc ? Enchaina-t-il sans se départir de son sourire.

-Un peux des deux je suppose mais sachez jeune homme que j’ai une bonne raison d’être ici, une mission dirais-je !

-Puis-je en savoir plus ?lui demanda t-i en chuchotant.

Il semblait que leur échange verbal naviguait sur un lac de complicité aussi vieux que les marques que le temps avait façonné sur le visage du vieillard.

-Chaque soir je viens compter les étoiles jeunes homme.

-Et combien y en a-t-il ?

-Je ne sais pas mais je sais qu’il en manque une et un jour je la retrouverais alors enfin je pourrais rentrer mais vous ne m’avez toujours pas dit ce que faites ici et a quoi pensez vous le regard perdu dans l’obscurité.

-Vous allez rire ou me prendre pour un fou si je vous réponds.

-Si j’ai envie de rire d’un fou, je n’ai pas à chercher bien loin, je rie de moi*.

-Je pense à une omelette, une tortilla patatas comme disent les gens d’Andalousie.

-Son visage tressailli et ses sourcils se redressèrent comme des stores vénitiens.

-Pardon ! Une omelette ? Prenez vous de la drogue jeune homme ?, si vous étiez une femme je vous aurez dit que vous êtes enceinte et que vos envies sont celles de votre futur invité, mais là j’avoue ne rien comprendre ou plutôt je comprends que trop bien : l’amour a encore fichu la pagaille.

- Que dites-vous ?

.L’amour n’est qu’une incroyable méprise, une maladie contagieuse contaminant les hommes et les femmes depuis des siècles, depuis la nuit des temps.

-Qu’’est-ce qui vous fait penser que je puisse être amoureux ?

- L’intuition jeune homme ou votre air méditatif car penser à une omelette si bonne soit elle me rappelle mes cours de harpe.

-Vous savez jouer de la harpe m’écriai-je spontanément ?

-Pas du tout mais la fille de la concierge de l’immeuble ou nous habitions quand j’avais 16 ans savait elle ! Et j’étais éperdument amoureux d’elle donc je me suis inscrit aux cours de harpe ou je passais une heure chaque semaine à l’observer a travers des cordes qui dessinaient sur son visage des barrières, que dis je des barreaux pour me tenir a distance surement.( A suivre ).

*lettres à Lucullius.

 

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